Début de citationAu début des années soixante-dix, André Truong crée (...) l'entreprise R2E. (...) Cette société démarre dans le sous-sol de son appartement, à Châtenay-Malabry, dans la banlieue parisienne. Selon M. Truong, elle se destinait à fabriquer des moutons à cinq pattes qui donneraient naissance à des moutons à quatre pattes. On cherchait l'objet miracle.
Dès le départ, André Truong a dans l'esprit la réduction des volumes des matériels électroniques, proposant comme slogan : 'Small is beautiful'. C'est lui qui inventera, par la suite, le concept du downsizing (...).

Cela étant, en 1972, M. Perrier, de l'INRA (Institut national de la recherche agronomique) demande à la jeune société de mettre au point un système informatique à moindre coût, destiné à la recherche agricole et qui puisse être transportable.
C'est François Gernelle, directeur de Recherche et Développement à la R2E, qui répondra : Si j'ai bien compris votre application de contrôle de processus, vous estimez que le prix d'un mini-ordinateur PDP 8 4K, de DEC (45 000 francs) est trop élevé pour votre budget. Aussi, je vous propose de vous faire un calculateur pour la moitié de ce prix. Ce qu'acceptera M. Perrier, qui donnait ainsi, sans s'en douter, le feu vert à l'une des épopées les plus fulgurantes de notre siècle, la naissance de la micro-informatique.
André Truong et françois gernelle savent qu'Intel, aux Etats-Unis, vient de lancer un nouveau microprocesseur deux fois plus puissant que le tout premier microcontrôleur 4004, car travaillant désormais sur huit bits, le 8008, Ils commandent ce circuit et françois gernelle met son équipe sur le projet. Cinq mois seront nécessaires pour réaliser le premier micro-ordinateur, baptisé Micral. Cette première machine est vendue au prix de 8 450 francs, approximativement le prix d'un PC actuel. Mais cinq fois moins que le PDP 8 4K ! La mission impossible avait été accomplie !

En effet, l'accord signé avec l'INRA prévoyait une livraison du système complet (automate mécanique, chaîne d'acquisition bas niveau, imprimante et calculateur) pour le 30 décembre 1972. Il s'agissait d'un système de mesure et de calcul d'évapotranspiration des sols par la méthode dite du bilan d'énergie. Il fallait commander un automate prenant diverses mesures de température et d'humidité relatives à différentes hauteurs au-dessus du sol. L'objectif : détecter s'il fallait ou non arroser le maïs et les autres cultures. La machine devait être autonome et supporter de travailler dans les champs. Pendant trois mois, raconte François Gernelle, j'ai travaillé 18 heures par jour, sans quasiment voir le jour !

Industrialisé et commercialisé en avril 1973, le Micral N est ainsi le premier micro-ordinateur du monde. Il fonctionne sur une fréquence d'horloge de 0,5 Mhz et son processeur ne dispose que de 51 instructions. Il ne possède ni écran, ni clavier : les entrées sont assurées à l'aide de commutateurs et l'affichage s'effectue sur des voyants, le tout placé sur la face avant.

Les versions suivantes verront la mise en oeuvre d'un Télétype, puis de claviers et d'écrans, dès que la technique et les prix le permettront. En effet, la machine sera aisément développée à mesure de l'apparition de nouveaux composants. (...)

Les débuts du Micral sont toutefois difficiles, dans la mesure où les clients potentiels français, bien qu'intéressés, n'accordent pas leur confiance à une nouvelle machine ne provenant pas des Etats-Unis.
André Truong se voit contraint de présenter ce Micral à la grande messe informatique américaine de l'époque, l'exposition NCC (National Computer Conference), où il recueille des appréciations favorables et des articles élogieux. C'est d'ailleurs une revue américaine qui qualifiera cette machine de microcomputer, donnant ainsi naissance au mot micro-ordinateur (1).Fin de citation



Source : Henri Lilen, La saga du micro-ordinateur, Vuibert, 2003.


(1) A noter que François Gernelle revendique la paternité du terme, comme il l'explique dans son intervention La naissance du premier micro-ordinateur (lien ci-dessous) :
Lorsque je déposai mes brevets en 1973, l'agent de brevets refusa d'utiliser dans les revendications le terme que je lui proposais : "micro-ordinateur", car il paraît que les choses novatrices doivent être écrites avec des termes connus... dommage !

Deux interventions de François Gernelle, disponibles sur le site de l'Association pour l'histoire des télécommunications et de l'informatique :

  1. La naissance du premier micro-ordinateur : le Micral N : http://mapage.noos.fr/ahti/CNAM%2090.pdf
  2. Communication sur les choix architecturaux et technologiques qui ont présidé à la conception du « Micral », premier micro-ordinateur au monde : http://mapage.noos.fr/ahti/Toulouse1998.pdf