Nous y retrouvons tous les ingrédients de la "Culture Clip" (pub ?) que nous allions ingurgiter pendant la décennie. La caméra swingue (beurkkk), les trucages fusent, les filles illustrent et le téléviseur omniprésente. Sur ce dernier point, c'est normal, les interprètes défendent la thèse comme quoi la vidéo aurait tué les stars de la radio. Ils sous-estiment effrontément les travaux naissants des sociologues avançant la superposition de la diffusion des technologies dans le grand public et la multiplication des usages plutôt que leur remplacement strict. Nos héros VHS seront d'ailleurs détrompés avec éclat quelques années plus tard, quand Philippe Bouvard exportera avec brio son aimable causette radiophonique "Les grosses têtes" pour le petit écran (les bienheureux abonnés de Paris Première bénéficient de ce programme familial de premier choix).

un concept fort sans ambiguité

Notons encore quelques ordinateurs surpuissants, de beaux costumes, un usage implacable du Vocoder et nous voici repartis à l'aube des Enfants du Rock. Bon, pour ce qui concerne l'histoire sous-jacente illustrée par le clip, j'avoue n'avoir pas tout compris : je pense néanmoins que la petite fille symbolise l'innocence (des stars de la radio) mise en danger par les machines (et les fous qui les manipulent). Le concept est donc fort et sans ambiguité. L'album dont est tiré le "45 tours" s'intitule d'ailleurs "Plastic Age". Je me souviens avoir procédé à l'époque à toute une analyse de texte dans la chambre d'un copain (Fred, si tu me lis...) qui pouvait se résumer en : "Putain ils ont drôlement raison, notre époque est complètement superficielle, toute en plastique". Jeunes et confiants dans l'avenir, nous étions alors à des années-lumières du slogan nettement plus prosaïque : "Le plastique, c'est fantastique !"

Bon j'ai l'air de rigoler comme ça mais sincèrement j'adore les Buggles, j'adore ce clip et je n'oublie pas que Trevor Horn, le chanteur savant fou, fut l'un des producteurs les plus influents des années 80 (Frankie Goes To Hollywood, Art Of Noise, Grace Jones, Propaganda...).