Intelligence collective - Bonus : les commentaires du grenier
Par Olivier le lundi 19 mars 2007, 14:03 - rétro-prospective - Lien permanent
Comme je
l'ai annoncé dans mon premier billet relatif à l'Intelligence collective, je
n'ai pas relu attentivement le bouquin, mais plutôt des notes que j'avais
prises approximativement à l'époque de sa sortie. Il y a donc risque de
distorsion. Plutôt que de m'en tenir rigueur, le lecteur attentif n'hésitera
pas à apporter ses commentaires. D'autant plus que j'avoue ne pas avoir lu les
ouvrages suivants de Pierre Lévy, ayant quelque peu décroché à l'époque de
World Philosophy.
La tentation est grande de vouloir plaquer la réalité d'aujourd'hui sur une
grille de lecture destinée à la réflexion, néanmoins je trouve que l'exercice
peut s'avérer amusant, voire instructif.
SI VOUS AVEZ MANQUE LE DEBUT DU FILM, je vous conseille de lire mes deux précédents billets consacrés à l'Intelligence collective.
L'influence de la cybernétique et la portée sociale de l'IC
On retrouve dans l'ouvrage de Lévy une grande influence de la cybernétique
(http://fr.wikipedia.org/wiki/Cybern%C3%A9tique), tant dans son
approche systémique du cyberespace que dans la volonté de s'appuyer sur les
progrès des ordinateurs (les machines) pour favoriser l'émergence de
l'intelligence collective. « L'informatique communicante se présenterait
alors comme l'infrastructure technique du cerveau collectif ou de l'hypercortex
de communautés vivantes. »
Rappelons que le projet de Lévy s'inscrit dans une certaine histoire des
techniques des réseaux :
- dans les années 60, Engelbart et LickLider tous deux chercheurs au Xerox Parc découvrent le potentiel social de la mise en réseau d'ordinateurs ;
- dans les années 80 la télématique permet la création de réseaux universitaires pour la recherche et émerge en tant que phénomène économique et culturel ;
- fin de ces mêmes années 80, on assiste à un processus d'interconnexion
généralisée qui engendre une croissance exponentielle des usagers de la
communication informatisée.
A l'orée de l'ouverture de l'espace du savoir, Lévy identifie en particulier
trois champs susceptibles d'avancées concrètes : la création ou
restauration du lien social, le traitement et la gestion de l'information, la
gestion des ressources humaines.
Superposition des quatre espaces
Cette idée m'a très rapidement attiré, on peut en effet décomposer pas mal
de phénomènes de sociétés selon cette grille de lecture (body-art,
tribalisation, repli territorial...). Les premières start-up ont-elles
d'ailleurs bien lu Lévy (ou trop) ? En pensant que l'âge de l'information
allait supplanter tous les autres, plutôt que venir les recouvrir, n'ont-elles
pas pour certaines complètement oublié la logistique, instrument indispensable
pour arpenter le Territoire (mortar), au détriment du tout online (click)
?
Identités quantiques
Dans notre ère post-Hotmail, ce concept trouve ses premières concrétisations
avec les multiplications des adresses virtuelles, destinées chacune à des
usages bien particuliers.
Gestion des connaissances, hier et aujourd'hui
La problématique de la gestion des connaissances n'est pas récente dans
l'entreprise. Voici déjà plusieurs années que l'on se préoccupe de gérer les
agrégats d'informations que représentent les connaissances. Temps partiel,
pré-retraites, diminution du temps de travail, comment pérenniser les pratiques
et bonnes procédures dans un environnement humainement mouvant. La gestion des
connaissances s'appuie déjà sur des outils logiciels, tels que des forums,
bases textuelles catégorisées, représentations graphiques d'ensembles
constitués...
Avec les arbres de connaissances, sur lesquels il a travaillé avec Michel
Authier, Pierre Lévy a apporté sa contribution à ces travaux : « Sur
le quatrième espace, nous avons nommé, avec Michel Authier, cosmopédie un
nouveau type d'organisation des savoirs, reposant largement sur les
possibilités ouvertes depuis peu par l'informatique pour la représentation et
la gestion dynamique des connaissances. »
Le philosophe quitte le cercle de l'encyclopédie : « Plutôt qu'à un
texte à une seule dimension, ou même à un réseau hypertextuel, nous avons affaire à un espace
multidimensionnel de représentations dynamiques et interactives. »
De nombreux travaux sur la représentation des connaissances ont débouché ces
dernières années sur des applications concrètes, utilisables par le grand
public, comme Cow9 du défunt AltaVista ou le toujours bien vivant Kartoo. Côté professionnels, les
veilleurs utilisent des interfaces de modélisation graphique des connaissances
et on en connaît déjà des exemples concrets d'utilisation, comme l'analyse de
la rumeur et de l'opinion en contexte de crise. Mais ces « cartes »
sont-elles bien « ciné » : intègrent-elles la notion de mouvement, de
dynamique, dans leurs principaux indicateurs ?
Emergence des Intellectuels Collectifs
Nous assistons aujourd'hui à une profusion d'individualités qui s'agrègent
dans des collectifs.
Les forums, forme ancienne de l'association virtuelle puisqu'ils remontent au
réseau Usenet, regroupent les internautes selon leur affinité, leurs goûts,
leur profession, voire leur fétichisme. On peut y constater une véritable forme
d'entraide, pour peu que les formes soient mises.
Les pages perso relient entre elles les individualités, soit au sein de projets
ambitieux tels que FriendOfAFriend (http://www.foaf-project.org) ou de services plus triviaux
comme MySpace (http://fr.myspace.com). Mais s'en dégage-t-il une quelconque
Intelligence Collective ?
Les blogs sont une autre évolution de la page perso des années quatre-vingt
dix, intéressants de par leurs commentaires, rétroliens et fils RSS intégrés.
Wikipédia n'existait pas du temps où Pierre Lévy a écrit sont livre. C'est un
bel exemple d'intelligence collective (d'autres projets sont en cours de
développement), mais est-il assez dynamique pour les critères du philosophe
?
Les tags sont un autre aspect très intéressant des blogs et autres sites
communautaires. Ajoutés le plus souvent par les internautes, sans validation ni
référence à une autorité lexicale, ces mots-clés donnent une bonne vision du
contenu d'un article, d'une rubrique ou même d'un site entier (ce blog utilise
d'ailleurs ce système pour mieux représenter son contenu). Astucieux, la taille
des tags varie selon leur fréquence d'apparition. Dans les sites contributifs,
chaque internaute participe ainsi à la catégorisation des contenus, le nombre
venant pallier les inconvénients certains de la méthode (pas d'équivalences,
ambiguités, mono-linguisme...).
Bien que l'idée ne soit pas nouvelle également, le site français de
Questions-réponses de Yahoo! (http://fr.answers.yahoo.com) semble actuellement rencontrer son
public.
du côté de la politique
Sur le plan politique, Lévy constate que :
- les formes actuelles de gouvernement se sont stabilisées à une époque où les changements techniques, économiques et sociaux étaient moins rapides qu'aujourd'hui ;
- les grands problèmes politiques du monde contemporain sont plus ou moins interconnectés dans un espace mondialisé ;
- les procédures actuelles d'évaluation et de décision ont été établies dans une écologie de communication simple, alors que l'information est aujourd'hui de nature torrentielle ;
- les gouvernements utilisent majoritairement des techniques de communication
molaires, ne se servant de l'informatique que pour gérer le fonctionnement
bureaucratique et non pour expérimenter des formes d'organisation ou de
traitement de l'information innovantes, plus souples et interactives. Bref,
l'espace de communication et de pensée des hommes politiques est presque
entièrement polarisé par les médias de masse.
Doit-on alors voir dans les tentatives virtuelles et les « débats
participatifs » de Ségolène Royal (http://www.desirsdavenir.org) comme une mise en application
d'une volonté de briser le carcan des mas-media ? Le Parti Socialiste pose
aujourd'hui implicitement la question de savoir comment un parti de masse
(molaire) peut faire remonter les aspirations individuelles (moléculaire) sans
sombrer dans le populisme et tout en proposant toujours une perspective. Une
tâche difficile, comme le démontre son propre site institutionnel (http://www.parti-socialiste.fr), qui n'est plus qu'un agrégat de fils
RSS complètement dans la tendance Web 2.0, mais qui peine à présenter
clairement sa ligne éditoriale.
Comment faire en sorte de ne pas exclure ceux qui ne sont pas dans le Réseau
(la fameuse « fracture numérique »), car on peut la redouter, si l'on
s'appuie de plus en plus sur la technique ?
« Il n'est pas absurde d'envisager que, dans quelques années, la plupart
des foyers puissent être équipés de terminaux (les cybergates) d'un dispositif
de communication selon un schéma en espace tous / tous ». Mais pour y parvenir,
l'équipement de la population est une priorité : « le cyberspace
coopératif doit être conçu comme un véritable service public ».
En voici un beau slogan que l'on entend peu au cours de cette campagne
présidentielle.
J'espère vous avoir donné envie de lire le livre : Disponibilité chez Amazon
Gravure : Poyet (http://www.brainstormixing.com)