images et liens

Jusqu'à ce que vous télédéchargiez depuis un serveur FTP anonyme le logiciel Mosaïc, dont on commence à entendre parler doucement. Développé au centre de recherches américain NCSA (National Center for Supercomputing Applications) par le jeune Marc Andreessen, Mosaïc est le premier logiciel à donner un sérieux coup de boost à une partie de l'Internet pourtant active depuis trois ans : le Word-Wide Web. Première chose qui saute aux yeux : les images ; deuxième truc qui tue : le lien sur lequel on clique ! Mosaïc est la première illustration de l'hypertexte étendu à l'échelle de la planète.
Fini les listes interminables de répertoires à descendre ou monter avant de trouver son malheureux manuel en txt : d'un lien d'un seul, on peut passer de la page d'accueil à une page enfouie dans les profondeurs du serveur, et même à une page hébergée sur un serveur distinct à l'autre bout du monde. Cela n'a l'air de rien aujourd'hui, mais à l'époque, cette notion de passerelle invisible fait fureur : c'est la première fois que l'on peut se connecter à un serveur sans en connaître explicitement l'adresse. L'internaute découvre alors la navigation, le butinage, et les yeux qui piquent au bout de plusieurs heures de clics nonchalants.

playmates à gogo

Mosaïc, c'est également les fonds de pages gris, les listes à boules rouges et jaunes et l'audace gagnant les webmasters en devenir : les gifs animés. Je me rappelle ma perplexité devant une petite molécule chimique tournant sans fin au bas d'une page, comme si je redécouvrais le dessin animé.
1994 marque également la divulgation du Web au public français, avec ses premiers « noeuds » de trafic. Le Cnam (Conservatoire national des arts et métiers) fait parait-il partie des sites les plus consultés : un succès en partie dû à la qualité de ses contenus, certes, mais facilité certainement par une page enfouie qui affiche à chaque rechargement... une nouvelle playmate !
Bref, Mosaïc symbolise la naissance de tout un tas de trucs chouettes désormais incontournables sur le Web. En septembre de la même année, un collègue me refile une adresse comme on se refile un bon plan : il s'agit du serveur FTP pour télédécharger la version 0.94 d'un nouveau logiciel dont on dit beaucoup de bien, Netscape. Mais, comme dirait l'autre, il s'agit d'une autre histoire...