Intelligence collective 2.0 : le savoir au coeur de l'ingénierie du lien social
Par Olivier le lundi 22 janvier 2007, 21:03 - rétro-prospective - Lien permanent
Vous ne pensiez pas vous en tirer à
si bon compte, tout de même. Ayant constaté avec perplexité les chiffres de
fréquentation et les commentaires délirants suite à la première partie, je consens avec une pincée de démagogie à
poursuivre ces quelques réflexions. Attention, je vous conseille vivement de
lire la première partie ici avant d'entamer ce nouveau volet, vous
serez prévenus, pas la peine d'imaginer l'esquisse d'un procès ("suite à la
lecture de ce blog, mon client s'est pris les pied dans la cinécarte et nous en
a fait tout une cosmopédie...").
L'économie des qualités
Qu'est-ce que l'intelligence collective ? « Une intelligence
partout distribuée, sans cesse valorisée, coordonnée en temps réel, qui aboutit
à une mobilisation effective des compétences. »
A la base de l'intelligence collective, Lévy dégage la notion d'identités
quantiques. On peut prendre la métaphore du gène en biologie moléculaire, de
l'octet en informatique... Les quanta de qualités humaines seront des signes.
Un quantum de qualité sera toujours en rapport avec un acte accompli ou
potentiel, avec un événement réel ou possible. Le rôle de l'ingénierie de
l'humain est de valoriser le moindre de ces actes, de permettre sa négociation,
son évaluation, de le rendre visible.
La matière première de l'économie des qualités, ce sont les actes et les
potentiels humains. Alors que sur le Territoire, les idées d'appartenance font
bloc, sur l'espace du savoir, les identités sont libérées. On n'est plus
contraint par une identité, la quantique des qualités permet
l'auto-description. L'individu pourra projeter autant d'images qu'il le voudra
sur une variété ouverte d'espaces collectifs.
Intelligence partout distribuée : tout le monde sait quelque chose, le
savoir c'est ce que les gens savent. Il faut désormais fonder le lien social
sur le rapport au savoir, en posant l'apprentissage réciproque, l'échange,
comme médiation des rapports entre les hommes. Redécouvrir l'autre :
quelqu'un qui sait, des choses que je ne sais pas, qui est une source
d'enrichissement pour mes propres savoirs.
Intelligence sans cesse valorisée : ce n'est pas le cas aujourd'hui. Les
qualités humaines, comme singularités, doivent être toutes reconnues et
exploitées, comme de véritables ressources énergétiques. Lévy appuie sa
démonstration sur le problème du chômage, qu'on ne peut plus résoudre en
abordant l'individu uniquement sous l'angle de profils de postes ou de métiers
bien définis a priori.
Coordination en temps réel des intelligences : avec les techniques
numériques de l'information, il va devenir possible aux membres de collectifs
délocalisés d'interagir au sein de paysages mobiles de significations tels que
le fameux cyberespace.
Aboutir à une mobilisation effective des compétences : c'est toujours
l'idée d'éviter le gaspillage de la matière première principale du nouvel
espace, les qualités humaines.
Sur l'espace du savoir, l'humain n'est plus qu'un cerveau, qui entre en contact
et compose avec d'autres cerveaux.
Vers une dynamique des cités intelligentes
« Les infrastructures de communication et les technologies
intellectuelles ont toujours noué d'étroites relations avec les formes
d'organisation économiques et politiques. »
Le projet de Lévy est global, il concerne la société jusque dans son
organisation politique. « Nous développons ici l'hypothèse utopique d'une
démocratie directe assistée par ordinateur – ou d'une agora virtuelle. »
Lévy parle plus loin de « civilité assistée par ordinateur ».
Le collectif intelligent pourrait devenir la nouvelle figure de la cité
démocratique.
La dynamique démocratique se décompose se décompose en plusieurs phases :
l'écoute de l'environnement et de soi : faire émerger la pluralité des
idées, des arguments ;
l'organisation chargée de distribuer des fonctions et partager les rôles, sans
séparations des tâches, prise de pouvoir mais en incluant le collectif ;
plutôt qu'organisation on devrait parler d'auto-organisation ;
la décision ;
l'évaluation ;
la connexion transversale, qui sert de contrepoids à l'organisation ;
la vision globale doit malgré tout apparaître des processus moléculaires, elle
constitue la face émergente et globale de l'écoute.
La démocratie en temps réel s'oppose aux institutions molaires pour devenir une
démodynamique, c'est-à-dire une politique moléculaire.
Whouaaaaoo, comme on disait naguère et jadis dans Podium, la prochaine fois, si
vous êtes sages, vous aurez droit aux commentaires du blogueur en
bonuuuuuus !