Do you (still) Yahoo ?
Par Olivier le mardi 9 janvier 2007, 22:49 - réseaux - Lien permanent
Un récent reportage du Journal
du Net consacré aux « origines de Yahoo! » m'a soudain projeté près de 13 ans en
arrière, aux premiers jours de la recherche sur le Net. Je ne sais plus comment
j'avais pu avoir vent de l'URL de ce qui n'était encore qu'une liste de
liens : http://akebono.stanford.edu/yahoo. Akebono pour le mystère (je ne
saurai que plusieurs années plus tard que c'était le nom d'un célèbre sumotori
et que cela signifiait "aurore" en japonais), Stanford pour la classe et le
prestige, Edu pour le sérieux et, enfin, surtout, Yahoo! pour le fun.
Car hormis l'exotérique et enthousiasmante exclamation qui serait reprise
ensuite à travers le monde, Yahoo avait une signification plus discrète, donc
quasiment ésotérique : « Yet Another Hierarchical Officious
Oracle ! » Encore un nouvel Oracle hiérarchique et officieux :
appréciez l'ironie derrière le phrasé blasé. « Encore » nous suggère
que les listes de liens commençaient à se développer un peu partout ;
Oracle peut faire référence à l'antique lieu où une divinité venait délivrer
ses réponses aux humains angoissés, mais également au géant des bases de
données. Faut bien reconnaître que pourtant l'internaute français ne croulaient
pas sous les boussoles en cette année 1994 : l'annuaire incontournable
était celui de l'Urec (Unité
Réseaux du CNRS) dont les références allaient d'ailleurs servir de base de
lancement pour le plus médiatique Nomade, quelques années plus tard.
Guerre froide ontologique
Mais Yahoo! était plus mondial, plus encyclopédique, plus tout, quoi. Je me
souviens d'ailleurs que moi-même, bibliothécaire à l'époque, avais commencé à
établir scrupuleusement une liste de sites pertinents pour les chercheurs de
mon domaine, jusqu'à m'apercevoir que la plupart des sites que je trouvaient
étaient déjà sur le serveur Akebono de l'université de Stanford. C'est en mars
1995 que le nom de domaine Yahoo.com apparaît : 30 000 sites répartis dans
19 catégories, avec le bonheur de trouver parmi elles dans les Régions,
l'Europe puis la France. Représentatif de l'Internet contemporain, le Yahoo
américain renfermait le Web mondial. Mais dès l'année suivante, Y! ouvre sa
filiale dans le village gaulois, avec une vraie extension de nom de domaine en
.fr ! Nous entrons alors dans une période certes mouvementée, à base de
créations, de rachats, de fusions, mais selon une partition assez simple à
décrypter : d'un côté les annuaires et leurs catégories à parcourir, de
l'autre les puissants moteurs de recherche dans lesquels les documentalistes
saisissent des millions de mots-clés pour tenter d'en percer la cohérence de
recherche. Bref une sorte de Guerre froide ontologique pas trop dangereuse.
Pleins de liens en page d'accueil ? C'est un annuaire ! Une zone de
recherche centrale ? C'est un moteur de recherche ! Très rapidement,
de nombreux services viennent entourer, accompagner les annuaires. Jusqu'à les
cannibaliser. Qui pourrait dire aujourd'hui ce qu'est Yahoo ?
L'annuaire a disparu et pourtant, on peut retrouver cette citation sur une page flottante
sur le Web : « Grands parmi les grands, stoïques parmi les stoïques,
passionnés et pinailleurs, les surfeurs de Yahoo! France furent, sont et seront
toujours l'âme de Yahoo! »
Commentaires
J'avais hâte de lire votre nouveau billet, je ne suis pas déçu.Dans le coup je m'interroge sur les origines de google qui lui aussi avoir une signification ésotérique.
Bonjour, bien que Google domine le Web, la signification de son nom n'est guère ésotérique. On en trouve une explication sur ce blog : http://autremonde.typepad.com/lautr... "Le terme "Googol" désigne le chiffre 1 suivi de 100 zéros (ou 10 à la puissance 100). Ce terme fut inventé par Milton Sirotta, neveu du mathématicien américain Edward Kasner, et rendu célèbre dans le livre de Kasner et James intitulé "Les mathématiques et l'imagination". Google a choisi ce terme pour symboliser sa mission : organiser l'immense volume d'information disponible sur le Web." Merci de votre intérêt pour le blog.