Car hormis l'exotérique et enthousiasmante exclamation qui serait reprise ensuite à travers le monde, Yahoo avait une signification plus discrète, donc quasiment ésotérique : « Yet Another Hierarchical Officious Oracle ! » Encore un nouvel Oracle hiérarchique et officieux : appréciez l'ironie derrière le phrasé blasé. « Encore » nous suggère que les listes de liens commençaient à se développer un peu partout ; Oracle peut faire référence à l'antique lieu où une divinité venait délivrer ses réponses aux humains angoissés, mais également au géant des bases de données. Faut bien reconnaître que pourtant l'internaute français ne croulaient pas sous les boussoles en cette année 1994 : l'annuaire incontournable était celui de l'Urec (Unité Réseaux du CNRS) dont les références allaient d'ailleurs servir de base de lancement pour le plus médiatique Nomade, quelques années plus tard.

Guerre froide ontologique

Mais Yahoo! était plus mondial, plus encyclopédique, plus tout, quoi. Je me souviens d'ailleurs que moi-même, bibliothécaire à l'époque, avais commencé à établir scrupuleusement une liste de sites pertinents pour les chercheurs de mon domaine, jusqu'à m'apercevoir que la plupart des sites que je trouvaient étaient déjà sur le serveur Akebono de l'université de Stanford. C'est en mars 1995 que le nom de domaine Yahoo.com apparaît : 30 000 sites répartis dans 19 catégories, avec le bonheur de trouver parmi elles dans les Régions, l'Europe puis la France. Représentatif de l'Internet contemporain, le Yahoo américain renfermait le Web mondial. Mais dès l'année suivante, Y! ouvre sa filiale dans le village gaulois, avec une vraie extension de nom de domaine en .fr ! Nous entrons alors dans une période certes mouvementée, à base de créations, de rachats, de fusions, mais selon une partition assez simple à décrypter : d'un côté les annuaires et leurs catégories à parcourir, de l'autre les puissants moteurs de recherche dans lesquels les documentalistes saisissent des millions de mots-clés pour tenter d'en percer la cohérence de recherche. Bref une sorte de Guerre froide ontologique pas trop dangereuse. Pleins de liens en page d'accueil ? C'est un annuaire ! Une zone de recherche centrale ? C'est un moteur de recherche ! Très rapidement, de nombreux services viennent entourer, accompagner les annuaires. Jusqu'à les cannibaliser. Qui pourrait dire aujourd'hui ce qu'est Yahoo ?
L'annuaire a disparu et pourtant, on peut retrouver cette citation sur une page flottante sur le Web : « Grands parmi les grands, stoïques parmi les stoïques, passionnés et pinailleurs, les surfeurs de Yahoo! France furent, sont et seront toujours l'âme de Yahoo! »Yahoo France et les premiers logos déclinés