Le noir et le blanc
Par Olivier le vendredi 17 novembre 2006, 14:12 - un peu décalé - Lien permanent
En ce
temps-là, pas besoin de primaires et d'affrontements feutrés entre la gauche de
la gauche et la social démocratie, il n'y avait qu'un candidat. Et ce candidat
couvrait même encore plus large, puisque grâce au « programme commun »,
Mitterrand était le seul candidat des socialistes et des communistes. Sans bien
en avoir conscience, je devais bénir le « programme commun » car il
permettait à mes parents de m'emmener à la Fête de l'Huma, un gigantesque
rassemblement de gens aux mines plutôt réjouies qui, comme moi, venaient chaque
année visiter le plus vaste stand Pif Gadget qu'il eut été donné
d'imaginer.
Ma mère a dû attendre que j'atteigne l'âge de dix ans pour répondre à une
question plusieurs fois répétée : « c'est quoi la gauche et la droite
». « La gauche cherche à ce que tout le monde puisse vivre convenablement,
alors que la droite s'efforce de rendre les gens riches plus riches ». Ça avait
le mérite d'être clair comme les 110 Propositions, avec toute la candeur et
l'engagement nécessaires pour bien planter le décor mental d'un gamin de dix
ans. J'avoue qu'aujourd'hui encore j'ai la faiblesse de penser qu'il y avait
pas mal de justesse dans cette sentence maternelle.
Dans le rôle du Grand Satan de l'époque, nous avions Raymond Barre, un
économiste qui tendrait aujourd'hui à susciter quelque apitoiement ;
chacun de ses passages télévisés faisaient alors brandir un poing vengeur à mon
grand-père.
Dernier souvenir de mai 1981, la soirée électorale : le visage de
Mitterrand s'était lentement affiché de bas en haut, il avait fallu attendre
l'arcade sourcilière pour vraiment le reconnaître. Faut dire qu'on s'était pas
contenté d'un bête Photomaton, mais carrément d'une représentation télématique
en gros carrés du candidat victorieux. Une fois que tout le monde eut fini de
plisser des yeux pour bien vérifier qu'on n'avait pas affaire là à une
caricature du sortant, la liesse s'était emparée de toute la famille et mon
cousin, plus âgé que moi de quelques années, de demander à son père :
« mais enfin pourquoi t'es content papa, tout le monde sait que t'as voté
Giscard... »
Voilà, en cette journée d'intronisation de Ségolène Royal en tant que candidate
du Parti socialiste, ma modeste contribution à la campagne électorale qui
s'ouvre.