Ma mère a dû attendre que j'atteigne l'âge de dix ans pour répondre à une question plusieurs fois répétée : « c'est quoi la gauche et la droite ». « La gauche cherche à ce que tout le monde puisse vivre convenablement, alors que la droite s'efforce de rendre les gens riches plus riches ». Ça avait le mérite d'être clair comme les 110 Propositions, avec toute la candeur et l'engagement nécessaires pour bien planter le décor mental d'un gamin de dix ans. J'avoue qu'aujourd'hui encore j'ai la faiblesse de penser qu'il y avait pas mal de justesse dans cette sentence maternelle.
Dans le rôle du Grand Satan de l'époque, nous avions Raymond Barre, un économiste qui tendrait aujourd'hui à susciter quelque apitoiement ; chacun de ses passages télévisés faisaient alors brandir un poing vengeur à mon grand-père.
Dernier souvenir de mai 1981, la soirée électorale : le visage de Mitterrand s'était lentement affiché de bas en haut, il avait fallu attendre l'arcade sourcilière pour vraiment le reconnaître. Faut dire qu'on s'était pas contenté d'un bête Photomaton, mais carrément d'une représentation télématique en gros carrés du candidat victorieux. Une fois que tout le monde eut fini de plisser des yeux pour bien vérifier qu'on n'avait pas affaire là à une caricature du sortant, la liesse s'était emparée de toute la famille et mon cousin, plus âgé que moi de quelques années, de demander à son père : « mais enfin pourquoi t'es content papa, tout le monde sait que t'as voté Giscard... »
Voilà, en cette journée d'intronisation de Ségolène Royal en tant que candidate du Parti socialiste, ma modeste contribution à la campagne électorale qui s'ouvre.